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Comment fonctionne votre coffre

Le guide complet : ce qui se passe sur la blockchain, ce qui reste privé, votre rituel mensuel pas à pas, et les règles d'or pour ne jamais mettre vos clés en danger. Références : « Mastering Bitcoin » 3ᵉ éd. (Antonopoulos), ch. 4, 5, 7, 9, 13 — texte intégral sur github.com/bitcoinbook/bitcoinbook.

1. Le principe : un coffre-fort à retardement

Vos bitcoins sont enfermés dans des verrous temporels inscrits dans la blockchain elle-même (opcode OP_CHECKLOCKTIMEVERIFY, ch. 7 du livre). Ce n'est pas une promesse d'un logiciel ou d'une banque : ce sont les règles de consensus de Bitcoin, vérifiées par des dizaines de milliers de nœuds, qui rendent toute dépense mathématiquement invalide avant la hauteur de bloc choisie. Personne — pas même vous, pas même un voleur avec toutes vos clés — ne peut dépenser avant l'échéance.

N · · · ~30 jours · · · N+4320 DÉPÔT (achat DCA) aucune signature requise VERROUILLÉ — indépensable (consensus) MATURITÉ dépensable re-lock signé sur le Ledger → verrou suivant (+30 j) fenêtre de quelques minutes
Le cycle : les dépôts arrivent verrouillés, mûrissent au bloc N+4320 (~30 jours), puis une seule transaction — signée sur votre Ledger — reverrouille tout pour 30 jours.

2. Votre mois type : 500 € en BTC, pas à pas

  1. Achetez vos 500 € de BTC où vous voulez (exchange, Relai, etc.). À ~90 000 €/₿, cela fait ≈ 0,0055 ₿.
  2. Ouvrez le dashboard → carte « Adresse de dépôt ». Scannez le QR ou copiez l'adresse. Vérifiez les 6 premiers et 6 derniers caractères entre ce que vous collez dans l'exchange et ce qu'affiche le dashboard (parade au malware qui substitue les adresses dans le presse-papier).
  3. Envoyez. C'est tout : recevoir ne demande aucune signature, et les fonds sont verrouillés à la seconde où ils arrivent sur l'adresse. Le dashboard détecte le dépôt, fige le prix du jour (votre base de coût, utile aussi pour l'impôt) et l'ajoute à l'historique.
  4. Une fois par mois, à la maturité, vous recevez une notification. Sur le dashboard : bouton « Préparer le re-lock » → branchez le Ledger → signez (vérifiez le montant et la hauteur de verrou sur l'écran de l'appareil) → bouton « Diffuser ». 30 secondes, une fois par mois.

Où vont les 500 € ? La mécanique des UTXOs

Bitcoin ne connaît pas les « comptes » : il connaît des UTXOs — des pièces de monnaie électroniques de montant quelconque (ch. 6). Chaque dépôt mensuel crée une pièce de plus dans le verrou courant. Au re-lock, toutes les pièces mûres sont fondues en une seule — c'est la consolidation, qui maintient les frais bas pour toujours :

Verrou n°7 (mois en cours) stack précédent · 0.0480 ₿ 1ᵉʳ mai · 0.0055 ₿ 1ᵉʳ juin · 0.0054 ₿ 1ᵉʳ juil. · 0.0056 ₿ 4 UTXOs re-lock 1 transaction signée sur Ledger Verrou n°8 (mois suivant, +4320 blocs) 1 seul UTXO · 0.0645 ₿ (− frais ~200 sats) les prochains dépôts s'ajouteront ici
La consolidation mensuelle : vos achats DCA du mois + le stack existant fusionnent en un UTXO unique. Sans elle, 5 ans de DCA = 60 pièces à dépenser un jour, très cher en frais.

3. La PSBT : le chèque en attente de signature

Quand vos fonds mûrissent, le Mac prépare une PSBT (Partially Signed Bitcoin Transaction, BIP174 — ch. 5 et 7) : une transaction complète mais inerte. Tout y est — les pièces consommées, la destination, les frais, la hauteur du nouveau verrou — sauf la signature. C'est un chèque rempli mais non signé : n'importe qui peut le lire, personne ne peut l'encaisser. Il transite du Mac au Ledger sans qu'aucune clé ne circule jamais dans l'autre sens.

MAC prépare la PSBT + garde-fous automatiques ne peut PAS signer PSBT (inerte) VOUS checklist du dashboard : montant · destination échéance · frais LEDGER re-affiche les mêmes valeurs sur SON écran → signe en interne réseau diffusion Double vérification : les garde-fous du Mac (adresse re-dérivée du xpub, plafond de frais, sortie unique) + vos yeux + l'écran du Ledger.
Le trajet d'un re-lock : préparation watch-only → vérification humaine → signature sur l'appareil → diffusion. Les clés ne bougent jamais.

Les 4 points que le dashboard vous fait cocher avant de signer (et que vous re-vérifiez sur l'écran du Ledger — c'est lui la seule vérité) :

  1. Le montant — la totalité des fonds mûrs, rien ne part ailleurs ;
  2. La destination — une adresse dérivée de votre xpub (le garde-fou la re-calcule indépendamment ; comparez début et fin de l'adresse) ;
  3. L'échéance — la hauteur de bloc du nouveau verrou (~30 jours) ;
  4. Les frais — en ₿ et en % (plafonnés à 0,5 % par le garde-fou, rejet automatique au-delà, ch. 9 : protection contre les « absurd fees »).

Tant que les 4 cases ne sont pas cochées, la commande de signature reste floutée. Si un seul point vous semble anormal : ne signez pas, rien ne presse — les fonds mûrs restent à vous, et un nouveau roll peut être préparé à tout moment.

4. Ce qui est public on-chain, ce qui reste privé

La blockchain est un registre public et éternel (ch. 13 : « les transactions n'exposent ni identité ni pouvoir de re-dépense — c'est pourquoi elles peuvent être publiques »). Voici exactement ce que le monde voit et ne voit pas :

DonnéeQui la voit
PUBLICAdresses du coffre, montants, dates des transactions, graphe des re-locks (chaque verrou pointe vers le précédent) Tout le monde, pour toujours. Un observateur patient peut estimer votre stack — mais sans aucun nom dessus.
PUBLICAu moment d'une dépense : la feuille de script utilisée (la condition « clé + délai ») En Taproot (v2), seule la feuille utilisée est révélée — la branche d'héritage reste invisible à vie si elle ne sert jamais.
PRIVÉVotre seed (24 mots) et les clés privées Personne. Elles ne quittent jamais le Ledger — l'appareil signe à l'intérieur et ne sort que la signature (ch. 5 : « la plupart des hardware wallets n'exportent jamais les clés privées »).
PRIVÉLe xpub et les descripteurs (kit de récupération) Le Mac (lecture seule) et vos sauvegardes papier. Un xpub ne permet pas de dépenser — mais il révèle tout votre historique : gardez-le confidentiel.
PRIVÉBase de coût (prix de chaque dépôt), journal, étiquettes Uniquement le Mac (deposits.json, journal.csv) — jamais diffusé (ch. 5 : les labels restent dans le wallet).
PRIVÉLa clé d'héritage et son délai (Taproot) Invisible même on-chain tant qu'elle ne sert pas. En P2WSH (v1), elle ne devient publique qu'à la première dépense.
LEDGER seed (24 mots) clés privées signe et vérifie sur son propre écran ne sort JAMAIS MAC (watch-only) xpub + descripteurs nœud Bitcoin, dashboard journal, base de coût prépare les PSBT aucune clé privée PAPIER (hors-ligne) seed (sauvegarde) + kit de récupération les DEUX ensemble sinon fonds introuvables HÉRITAGE seed de secours (coffre bancaire ou proche de confiance) valide seulement ~1 an après chaque verrou Aucun de ces éléments, seul, ne suffit à voler le coffre avant maturité — et le Mac, même piraté, ne peut pas signer.
Qui détient quoi : la séparation des rôles est la sécurité.

5. Les règles d'or des clés (Mastering Bitcoin, ch. 4, 5, 13)

6. Et si… (les scénarios de panne)

ScénarioConséquence
Le Mac meurt ou est voléAucun fonds en danger (aucune clé dessus). Sur une machine neuve : Bitcoin Core + kit de récupération → le coffre réapparaît en lecture seule.
Le Ledger est perdu/casséAchetez-en un autre, restaurez les 24 mots : mêmes clés, rien d'autre à faire. La seed papier est la vraie sauvegarde, l'appareil n'est qu'un outil.
Seed ET Ledger perdusLe chemin d'héritage sauve tout : la seed de secours devient valide ~1 an après le dernier verrou. C'est aussi le mécanisme de succession.
Le Mac est piratéLe pirate voit vos soldes (vie privée), peut proposer de fausses PSBT — mais les garde-fous les rejettent, et l'écran du Ledger vous montrerait la supercherie. Il ne peut rien signer.
Un re-lock reste coincé (frais bas)Bouton « Accélérer (RBF) » : même transaction, frais doublés, re-signée sur le Ledger (ch. 9, BIP125).
Vous voulez vendre en paniqueImpossible avant maturité — c'est le but. La fenêtre où vendre est possible ne s'ouvre que quelques minutes par mois, puis tout se reverrouille. La discipline est dans le protocole, pas dans votre volonté.
En résumé : vous achetez, vous envoyez, ça se verrouille tout seul. Une fois par mois, deux boutons et une signature sur l'écran du Ledger. Vos clés ne touchent jamais internet, votre historique fiscal se tient à jour tout seul, et même votre succession est prévue. Le reste, c'est le consensus Bitcoin qui s'en charge.